Comment éviter que dans le travail social la question de l’accueil ne se pose qu’en termes de techniques, de dispositifs, de procédures d’agencement de l’espace destinés à gérer le flux de plus en plus important de bénéficiaires de prestations sociales, ou dans des réponses simplificatrices, voire réductrices à des situations sociales symptomatiques.
N’y a t-il pas là un impensé de l’accueil au niveau de sa finalité ? Et sa réduction à la seule dimension technique évite que soit questionné le sens au travers de deux démarches principielles : - L’une captatrice dans une logique de contention et de contrôle, d’intrusion - L’autre hospitalière dans une logique de maintenance sociale et d’hospitalité Peut-on par exemple parler d’accueil lorsqu’en présence d’un mineur étranger isolé le travailleur social ne voit qu’un futur adulte clandestin, faisant ainsi l’impasse sur un présent certes complexe mais ô combien réel, interdisant ainsi qu’advienne une rencontre qui ne soit pas de l’ordre de la fiction ? Pour permettre à la rencontre d‘advenir, ne doit-on pas exclure de la dimension spatio-temporelle de l’accueil tout ce qui peut faire écran, tout ce qui peut modifier la perception de la réalité que ce soit au niveau des représentations catégorisées du ou des publics (« le toxico », « le SDF », « le jeune errant » ou « la prostituée ») et des pratiques répressives issues du paradigme sécuritaire mise en œuvre ? Nous pouvons également interroger la pratique qui consiste en l’application stricto-sensu de procédures qui de fait ne servent qu’à légitimer une stratégie d’évitement ( symptôme de la « patate chaude »). Cela ne revient-il pas à poser la question de la rencontre avec l’autre, dans une inconditionnalité, c’est à dire sans qu’aucune condition préalable ne soit posée ? Cela ne revient-il pas à accepter du déplacement, passer peut être d’une place assignée, prescrite par les dispositifs de l’action publique, à une posture revendiquée, construite ? Enfin cela ne revient-il pas à accepter le risque d’abandonner le confort de l’état de fait pour l’inconfort de l’état de faire, c’est à dire passer du registre de la professionnalisation à celui de la professionnalité ?
La professionnalité de la rencontre, en rupture avec ces pratiques intrusives, de contention ou d’évitement, pourrait contribuer par contre à créer les conditions qui permettent au contact de s’établir, car le professionnel accepterait de s’engager dans une dynamique de « mise à disposition de soi » maîtrisée, c’est à dire en étant vigilant à demeurer dans une démarche professionnelle, cela signifie qu’il y intègre le fait que la rencontre est la confrontation de deux légitimités aux multiples dimensions, c’est peut-être cela la notion d’hospitalité dans le social, la confrontation de deux hôtes, qui, dans une réciprocité démocratique, intègrent alternativement la posture d’accueillant et celle d’accueilli.
C’est tout ce faisceau de questionnements que nous proposons à l’approfondissement et à un éclairage coopératif dans le cadre de la prochaine Univers-Cité des Savoirs Impliqués.
Joël AZÉMAR Juin 2003
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