Le massacre d'Aigues-Mortes (1893, Gard)
(2008-2009)
L’ISCRA-Méditerranée a conduit un travail d’enquête soutenu par la DRAC Languedoc-Roussillon et le Conseil général du Gard, relatif à la mémoire du massacre d’Aigues-Mortes. Cette enquête s'inscrit dans le cadre d’un travail de recherche coordonné depuis 2008 par l'historien Gérard Noiriel. Le constat initial était que l’affaire d’Aigues-Mortes était un non-lieu de mémoire de l’histoire républicaine, un refoulé aussi bien de l’histoire locale que de la mémoire collective. Plutôt que d’interroger les représentations socialement partagées du massacre à Aigues-Mortes, le questionnement a été porté sur les dynamiques mémorielles à l’œuvre et sur les liens entre l’histoire d’une part et la mémoire locale du massacre des Italiens d'autre part, considérée à la fois comme processus à l’œuvre mais aussi comme un objet en soi. Le protocole d’enquête et ses redéfinitions successives ont combiné des entretiens avec des tenants d’un discours public sur le pogrom et des descendants des témoins ou protagonistes des événements d’Aigues-Mortes ainsi que des recherches documentaires et en centre d’archives. Les résultats de l’enquête ont révélé que le massacre n’est pas occulté mais que les liens entre histoire et mémoire sont distendus. L’enquête a également mis au jour un certain nombre d’usages sociaux de la mémoire. Le massacre est présenté comme un fait divers ayant toujours fait partie de la mémoire collective. Peu soucieux des sources historiques, le récit mémoriel est un maelström marqué par l’euphémisation des faits ou au contraire leur dramatisation avec l’objectif principal de valoriser l’histoire d’Aigues-Mortes et d’exalter un passé et des « racines » locales.
SGS ©2004