Intervention sociologique
Dans l'attente d'une mise à jour complète de la rubrique, nous vous proposons de prendre connaissance de ce texte de Joël Azémar. Il porte sur les enjeux en terme de professionnalité de la lutte contre les discriminations pour les travailleurs intermédiaires.
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Pour citer le document :
AZEMAR Joël, La lutte contre les discriminations et leur prévention : un élément intrinsèque de la professionnalité de travailleurs intermédiaires In ISCRA-Méditerranée, Montpellier, janvier 2004, [en ligne], http://www.iscra.org/page_1021.php
La lutte contre les discriminations et leur prévention : un élément intrinsèque de la professionnalité de travailleurs intermédiaires
Un outillage législatif conséquent (…)
La loi constitue désormais un socle législatif à partir duquel les différents professionnels en position d’ intermédiaire peuvent s’appuyer pour développer des pratiques et adopter des postures professionnelles susceptibles de promouvoir l’égalité dans une dimension de prévention et de lutte radicale contre les discriminations.

Nous sommes dans une configuration nouvelle, car contrairement à la période précédant l’adoption et l’application de la loi, où, l’action contre les discriminations était conduite dans la plupart des cas par des militants actifs, mobilisant déjà la connaissance produite et surtout mettant en oeuvre leurs convictions. Bien souvent, il s’agissait de tenter de peser de l’extérieur des institutions sur l’espace et les pratiques professionnels. C’est désormais du sein même des institutions que peut et doit se mener prévention et lutte contre les discriminations ethnico-raciales en utilisant la loi comme levier.
La loi est très claire : la personne morale ou physique coupable de discrimination est un délinquant, la discrimination un délit ; elle donne des moyens, tant au niveau du signalement, de l’action en justice, que de la protection des témoins et elle donne aux syndicats et associations l’opportunité et la légitimité pour s’engager et ester en justice.
…qui permet une articulation de la professionnalité et de l’engagement citoyen…
Ce n’est donc plus à partir d’une posture militante que les intermédiaires, au sein des institutions peuvent et doivent lutter contre les discriminations, mais au contraire, c’est bien en tant que professionnel dans l’accomplissement de leur mission, en intégrant dans leur pratique cette réalité aux multiples facettes, comme la loi leur en fait obligation.

Cette nouvelle donne peut contribuer à donner un nouveau sens à l’action et permettre une articulation réelle entre la dimension professionnelle et la dimension civique, en permettant aux professionnels de l’accueil ou de l’accompagnement et les personnes victimes de discriminations de s’impliquer dans la rencontre.

* L «’usager » en tant qu’ayant droit de l’égalité, le professionnel dans une dimension de devoir ne se trouvent-ils pas, de fait, dans une logique de réciprocité, de par leur rapport commun au droit ?
* N’est ce pas une perspective d’alliance objectivée entre « le public » « le travailleur » et la « société civile » qui se trouve ainsi inscrite à l’agenda du possible ? convoquée à un rendez-vous citoyen ?

Concrètement, les intermédiaires sont en situation de pouvoir faire légitimer une pratique professionnelle qui intègre les dimensions de prévention et de lutte contre les discriminations comme un élément aussi central que l’est pour les professionnels de la petite enfance l’obligation de signalement de faits de maltraitance.

Réservée jusqu’alors à la subjectivité de l’acteur singulier dans son propre rapport à l’éthique la lutte contre les discriminations est désormais une obligation professionnelle , au même titre que tout autre présupposé normatif.
…et passer à l’action ?
En produisant bien sûr de la connaissance sur le phénomène ainsi que sur les droits et devoirs de tout professionnel en étant attentif à ne pas l’assigner de fait à une place de « militant du droit » au sein de son espace professionnel, mais en contribuant à accompagner l’indispensable redéfinition d’une professionnalité « de la mise en relation » « de l‘accompagnement » « de l’intermédiaire ».
Ne conviendrait-il pas de promouvoir une dynamique de rencontre en développant une logique de réseau, de relais en sollicitant les associations militantes, les syndicats. afin de construire un environnement propice à l’affirmation de la loi comme une menace crédible (lire à ce propos l’article d’Olivier Noël dans le n°1246 de Hommes & migrations).

Ce qui pourrait contribuer à la constitution d’un Espace Citoyen au sein duquel s’impliqueraient les acteurs dans une dynamique collective d’appropriation et d’occupation de l’espace public, en tant que lieu où se construisent les opinions, afin de révéler, observer et agir dans une solidarité pragmatique qui romprait l’isolement des victimes, des témoins ou des acteurs de signalements de pratiques discriminatoires.

Cela pourrait se traduire par deux types d’engagements spécifiques de par leurs fonctions qui bien que complémentaires requièrent des compétences précises :

* Un engagement dans l’action juridique
Concrètement cela impose à ceux qui s’y engagent d’avoir une compétence dans l’utilisation de la loi à la hauteur de l’enjeu : vaincre les discriminations c’est à dire gagner juridiquement contre les discriminateurs. Il ne s’agit pas uniquement de constituer des dossiers sur un plan technique et de les suivre, mais de concevoir une « posture juridico-conflictuelle » adaptée à un nouveau type de lutte pour imposer le respect du principe d’égalité.

*Un engagement dans une action de solidarité
Qui devrait se traduire par une participation solidaire effective au quotidien des personnes engagées dans l’action en justice, tant vis à vis des témoins, de celui ou celle qui a signalé, que de la victime elle-même selon le principe que la discrimination étant un problème public, elle est l’affaire de tous.
(Pour Fethi Benslama, « la discrimination est un mode d’extermination sociale »)


Joël AZEMAR
17 janvier 2004
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